Portraits de femmes

Interview Sonia Bellouti : consultante bien-être

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Interview Sonia Bellouti consultante en bien-être

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Femmezine: Pourriez-vous nous relater vos parcours professionnel et personnel, qui sont implicitement liés ?

Je m'appelle Sonia Bellouti, j'ai bientôt 41 ans, je suis divorcée et j'ai un garçon de 14 ans. Je suis née en Algérie où j'ai vécu jusqu'à mes 21 ans. J'y ai fais toutes mes études, un bac math puis des études supérieures à l'école Polytechnique d'architecture et d'urbanisme, un cycle de 5 ans, comme ici. Je suis venu en France par amour, puisque j'ai rencontré celui qui allait devenir mon futur mari au cours d'un voyage ici J'ai choisi de quitter ma terre natale, ma famille, et de venir le rejoindre pour tenter cette grande aventure en France. Une fois fait, je n'ai pas pu commencer à travailler dans mon domaine d'activité, l'architecture. A l'époque, dans les années 90, c'était la crise du bâtiment, il n'y avait pas de travail pour les architectes. Je me suis réorientée vers un métier alimentaire, dans le télémarketing.

En parallèle, comme mon ex-mari était musicien, auteur-compositeur, et que le chant a toujours été une de mes passions, je me suis mise à écrire des textes et à chanter avec lui. On a créé un binôme et nous avons monté un groupe qui se produisait sur scène. Cette aventure a durée 10 ans, avec, en plus, un enfant à la clé! Plutôt que de faire carrière classiquement, dans une branche à laquelle me prédisposaient mes études, j'ai fais ce pari un peu fou et opté pour une vie de bohème! Pas toujours facile, mais avec énormément de rencontres très stimulantes. Etre sur scène est extraordinaire! Grisant. Ecrire aussi, j'ai beaucoup écrit en français, en arabe et en anglais, les textes de nos chansons. J'ai rencontré beaucoup de musiciens, d'artistes, tout en élevant mon fils. Cela a vraiment été une période formidable. Malheureusement, mon couple n'a pas tenu, et de fait le groupe non plus! C'est difficile de concilier un aspect de sa vie et pas les autres.

Femmezine : 30 ans, et déjà votre deuxième reconversion professionnelle donc?

Oui, à 30 ans, je me suis retrouvée expat, avec un enfant en bas âge, sans boulot et avec une séparation à gérer! Je me suis évidemment posé beaucoup de questions. Je me suis dit: « Qu'est-ce que je vais faire pour rebondir, m'en sortir, élever mon fils, seule? ». Ayant cumulé ma vie de chanteuse et un job alimentaire à mi-temps en entreprise les premières années de la création de notre groupe, j'avais de l'expérience dans le secteur du télémarketing. J'ai donc décidé de faire l'impasse sur ma vie d'artiste, par nécessité matérielle, et de réorienter ma vie vers le monde de l'entreprise, un choix plus classique. J'ai été immédiatement embauchée et me suis remise à grimper à nouveau les échelons. De poste en poste. Jusqu'à ce qu'un jour je me heurte de plein fouet au déficit culturel du monde de l'entreprise! Le pays d'où je viens, l'Algérie, n'a rien à voir avec ici, en terme de culture d'entreprise. Je faisais mon travail, avais les compétences requises, grâce à mes qualifications, mon expérience, mon bon sens et à mon intuition. Mais je n'étais pas très à l'aise, ne maîtrisant pas, à mon sens, tous les codes traditionnels de l'entreprise française. J'ai donc fais un bilan de compétence pour savoir ce que je pourrais améliorer et ai décidé de faire un troisième cycle en Sorbonne. Un DESS Master en Administration des Entreprises. Un grand challenge! Se remettre aux études à 34 ans, avec un enfant, et personne pour assurer mon quotidien! J'y ai mis toutes mes économies, n'ayant pas eu droit au Fongecif, malgré mon profil: femme seule, avec un enfant à charge, des qualifications, un bilan de compétences... je remplissais toutes les conditions! La réponse fut négative. Je me suis donc lancée toute seule, m'autofinançant!

Femmezine : Comment expliquez-vous cela? Ce refus de prise en charge de votre formation afin de vous requalifier par un fond pourtant spécialisé dans le congé pour formation ?

On m'a dit: « tu sais, il y a du racisme! ». Mais, moi je n'ai jamais pensé, dans mon parcours, quels que soient les obstacles nombreux que je pouvais rencontrés, être victime de racisme! Je ne pouvais le penser, donc ça n'existait pas! Ce déni me permettait de passer à tavers les gouttes!  J'avais fait tout le parcours du combattant pour cette formation à l'IAE, où nous étions très peu à être pris. Très très peu! Et j'étais prise... Donc j'y suis allé quand même, en m'auto-finançant. Une grosse prise de risque, car je devais prendre une année sabbatique sans solde, payer mes études, mais aussi assurer le quotidien pour mon fils et moi-même! Après cette année de formation, je suis revenue avec une bien meilleure connaissance et maîtrise de l'entreprise. J'ai réintégré celle dans laquelle je travaillais depuis 4 ans, en proposant ma candidature pour le poste de chef de projet qui se crééait justement, et qui me faisait gravir un échelon par rapport à mon ancien poste d'assistante de projet.

Ma boss de l'époque m'a refusé cette promotion alors que j'occupais l'échelon en dessous depuis 4 ans, connaissais parfaitement le sujet, les dossiers, les clients, et que j'avais passé un an à me former en m'auto-finançant!  Elle me préféra quelqu'un d'extérieur au service, n'ayant absolument aucune expérience pour les dossiers que nous traitions! Quand j'ai vu ça, je me suis dit que je ne progresserai jamais, que les choix pour les postes n'étaient pas fait de manière objective. Avec le recul, je me rends compte que je cumulais les difficultés: une femme, une femme seule avec un enfant, d'origine maghrébine... Les femmes seules sont les plus fragilisées, victimes de discrimination, dans les entreprises parce qu'en générale plus maniables. Elles osent moins s'imposer, exiger, se défendre, même inconsciemment, car elles ont peur de perdre leur emploi tout simplement! Je suis inclassable, on ne peut vraiment pas me qualifier beurette musulmane type, je n'ai aucun accent, un bac + 7. En même temps je ne suis pas française, j'ai des diplômes mais un parcours d'artiste... un tempérament d'artiste! Je suis un électron libre, j'arrive au même endroit mais par des chemins différents! Je ne suis pas conforme au parcours en entreprise, malgré mes diplômes et mon savoir-faire... J'ai fini par le comprendre et l'admettre. N'empêche, ce refus de ma chef, une femme en plus, qui savait à quel point j'avais pris sur moi pour me requalifier, être au niveau du poste, fut violent! Aujourd'hui, je la remercie! Mais bon.... Heureusement que j'ai su rebondir!

 

 

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oulacdur , 17 février 2010
c pas choquant, c'est souvent comme ca dans les entreprises, on ne peut pas passer d'un niveau tech a un niveau cadre
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samsouma , 23 mars 2010
oui j'adere parfaitement sinon la photot de sonia degage deja beaucoup de bine etre lol elle est radieuse