Serge Joncour, "l'homme qui ne savait pas dire non" à l'inquiétude

Serge Joncour, "l'homme qui ne savait pas dire non" à l'inquiétude

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Interview : suite 3

Est-ce qu'on peut appliquer cette métaphore au livre, écrire un livre ne revient-il pas pour vous à écrire un long mail à vos lecteurs qui se termine par « je vous embrasse »?

Ecrire, c'est attendre une réponse. Moi je ne suis pas désintéressé de la réponse. Dans ce recueil, je parlais des gens, et aussi de moi. Je me suis dénudé. J'ai envie de le refaire. Mais le roman suivant, « L'homme qui ne savait pas dire non », est différent. J'y ai mis autant de moi-même finalement, mais c'est dissimulé sous un personnage irréel, ou improbable. Donc ça ouvre moins cette dimension, ce champ. Aujourd'hui, on attend de la littérature une part de vérité. Dans les romans les plus plébiscités, vendus, actuellement, il y a une part de plus en plus importante de vérité. Nous sommes tellement envahis par des fictions, à la télé, dans les journaux, avec les jeux vidéos... Je ne sais pas si ça correspond à un cap? Peut-être que la vocation future du livre, se sera uniquement de donner de la chair. On attendra d'un livre de toucher l'autre au plus prêt, pour se toucher soi-même. On attendra moins du livre de nous raconter de la fiction, de la science-fiction, de l'humour... Le livre devra être certifié par une expérience personnelle. Est-ce que c'est ça l'avenir de la littérature? De plus, après la sortie d'un livre, il y a une médiatisation du livre et de l'auteur. C'est plus facile d'inviter sur un plateau télé le livre en plus de l'auteur, qu'ils aient maille à partir tous les deux. Que l'auteur soit impliqué personnellement dans l'histoire du livre. C'est plus intéressant.

Est-ce que l'auteur que vous êtes s'en réjoui ou au contraire a envie de se protéger de cela?

Les auteurs se protègent de moins en moins. Là, on est très loin de Simenon. Entre Angot et Simenon, le spectre est large. On a cette attente là, que le livre soit un fragment, une relique, de l'auteur. Un écrit qui traduise quelque chose de vrai de l'auteur.  Ce n'est pas mon registre, mais en même temps, comme je le disais en préhambule, je n'ai pas de registres, je me coltine à tous. A mon avis, c'est un moment de la littérature en ce moment. Je ne vais pas calquer mes projets, mon travail, sur ce que je ressent de mon environnement. Dans le dernier roman, c'est l'histoire d'un homme qui ne sait pas dire non. Quand on force le trait, cela devient humoristique, à la fois drôle et terrible, puisqu'il est dans une forme de consentement permanent. La démonstration que j'en retire c'est que d'enlever un simple mot de son vocabulaire change tout! Faites l'expérience d'enlever le mot « non » de votre vocabulaire pendant 24 heures, et vous vous rendrez compte que vous perdez toute votre liberté. A contrario, plus on connaît de mots, plus on en utilise, plus on est libre! C'est une certitude pour moi. J'ai voulu écrire autour de cette donnée là, tout simplement.

Ca s'apprend, les mots?

Le héros s'inscrit à un atelier d'écriture où on apprend à trouver les mots, à les retrouver. Il se rend compte qu'à travers la perte du mot, de ce « non », c'est une civilisation qu'il a perdu. On a perdu la dialectique de l'opposition, ou de l'idéologie contraire. Ca n'existe plus. On est dans un « oui » permanent, tacite. Une des traductions politiques de ce phénomène, se sont les référendums. En Europe, tant qu'on a pas dit « oui », on revote! Il y a une dimension comique....  Toute notre société moderne s'est construite sur une forme de consentement permanent: oui à la voiture,  oui au téléphone portable, à l'ordinateur, à la vitesse des moyens de communication... Toute notre civilisation est fondée sur notre docilité finalement.

A part la sortie de « L'homme qui ne savait pas dire non », quelle est votre actualité?

L'adaptation du roman de Tatiana de Rosnay: « Elle s'appelait Sarah », pour un film en tournage avec Christine Scott-Thomas, de Gilles Paquet-Brenner. Et puis surtout, écrire, chercher. Chercher mon sujet, c'est mon actualité. Mon prochain roman m'occupe, et m'inquiète. Avec différentes pistes. Choisir son sujet, c'est choisir sa vie, en tout cas son environnement psychique pour les mois, voire les années qui viennent. Ce n'est pas rien pour un auteur. C'est comme un choix de vie.

Serge Joncour,  « Lhomme qui ne savait pas dire non », Flammarion, 300 pages, 19 euros, www.fnac.com.
Ses précédents romans : « U.V », 2003 www.fnac.com et « Combien de fois je t'aime », 2008 www.fnac.com.

 

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Auteur : Elodie TROUVE


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2 commentaires
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ina
Tous ces articles diversifiés, je trouve ça très bien: du futile, du sérieux, de la mode, il y en a pour tous les goûts. Et c'est pour quand la section "sexa mais sexy"?
ina  | le 07/10/2009 à 15:23
 
JS
Très bon interview. Et un grand auteur que je conseille pour une belle découverte littéraire.
JS
JS  | le 26/07/2010 à 16:57
 
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